Blog-note à 20 doigts

Chroniques d'une famille homoparentale

12 novembre 2006

Effroyable banlieue

Y’a des jours comme ça où l’on finit par perdre espoir en l’humanité toute entière…

Hier en salle des profs, une de mes collègues m’expliquait que dans la cité où elle habite avec ses enfants (dans le renommé bobo Montreuil pour ne pas le nommer), l’école maternelle se situe juste au pied des barres d’immeubles. Et depuis quelque temps, elle et les autres parents d’élèves sont partis en guerre contre les ignobles habitants de l’immeuble qui, à chaque fois qu’ils ont trop bu, balancent par les fenêtre en direction des enfants qui jouent dans la cour d’école, des sacs remplis de leurs déjections en tous genres parce qu’ils ne sont plus en mesure de ramper jusqu’au vide ordure pour y déposer leurs immondices.

J’en ai des hauts le cœur rien que de penser à cette innocence souillée. Je retourne en cours le cœur gros et je note qu’il faut absolument que je discute avec Kip de l’endroit où il faudrait dans l’idéal faire grandir nos enfants.

La journée s’écoule. Quelques heures de cours se passent à merveille, des élèves souriants, des complicités qui se créent avec moi, des messages bien entendus.

Jusqu’à ma dernière heure de cours. Classe difficile. Très difficile. 35 élèves plus ou moins en échec que je récupère après la prof d’allemand depressive et avant la prof de commerce démissionnaire.

Je filtre l’entrée, j’oblige à dire bonjour, je ferme la porte et quand je me retourne, je vois la moitié de la classe lancée dans une bagarre d’une violence inouie. Les coups partent de tous les côtés et ce n’est que grâce à l’aide d’un grand et solide gaillard de la classe que je parviens à faire taire cette sauvagerie. Des élèves fuient le cours, d’autres veulent partir à l’assaut de ceux qu’ils estiment fautifs et moi, du haut de mon mètre soixante, je fais rempart à la porte et je retiens trois ou quatre élèves gonflés à bloc qui ne veulent qu’une chose : poursuivre la bagarre dans les couloirs.

Je réussis malgré tout à faire rentrer les élèves, je calme un peu le jeu, j’arrive même à faire cours ( !!) mais je ressors de là avec la perspective de toute une année scolaire à passer avec des élèves qui, au fil des semaines, vont découvrir encore le fossé qui les sépare de ce qu’il faudrait faire pour réussir et je dois constater que les choses ne risquent pas de s’arranger. Je repars aussi avec l’idée que c’est dans cette société là, où les coups remplacent souvent les mots, et où la sauvagerie fait souvent rire (si j’en crois la mine réjouie de certains élèves de la classe, ravis, tout simplement, de voir ainsi le cours se réduire à néant) que mes enfants vont devoir se faire une place. Et j’ai peur tout d'un coup d’avoir fait une énorme bêtise…

Posté par molly_et_kip à 09:46 - Une vie de prof - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Moi aussi

Je te dirais bien de venir toi et toute ta tribu vivre à la campagne mais ca ne serait pas une solution ... d'ailleurs j'ai beau être en pleine campagne j'ai de plus en plus souvent les memes apréhensions que toi ... toute cette misère qui nous entourre, toute cette violence, notre terre est de plus en plus poluée par la connerie humaine, que vont devenir nos enfants, comment pourront ils s'épanouir ? Je ne sais si il faut les éloigner ou bien les confronter à cette réalité ???

Posté par Mag, 13 novembre 2006 à 06:11

Je comprends vos questions et vos doutes mais de tous âges ces mêmes questions les parents se les sont posés. Ce n'est peut-être pas la peine de faire du catastrophisme.

Posté par zaboutek, 13 novembre 2006 à 08:05

Aucun catastrophisme de ma part Zaboutek, simplement parfois un trop plein et des interrogations, me semble-t-il, légitimes sur le monde dans lequel vont grandir nos enfants. Mais rassure toi, j'ai l'optimisme chevillé au corps et je ne suis pas du genre à me laisser aller à la déprime et à la noirceur.

Posté par Molly, 13 novembre 2006 à 16:06

Bonjour,
Allez courage, même si je ne vous envie pas de vivre dans cette région que je connais y ayant vécu pendant mes 25 premières années. Ce n'est peut-être pas la solution mais la campagne, c'est juste plus tranquille. D'accord que la violence a remplacé les mots et ce dans toutes les régions mais moi qui ne la supporte pas,j'ai choisi d'abord la Bourgogne puis le sud, et installée là depuis 6 ans malgré l'absence de ma famille, je ne regrette pas un seul instant et j'ai l'impression de vivre mieux ne serait-ce que par le calme, le soleil et la mer, ça remonte le moral. Le métier de prof est difficile et je ne pense pas que j'aurais l'énergie de le faire dans d'autres conditions, peut-être que passé 30 ans...j'ai moins la niac des débuts...je ne sais pas?! J'avais besoin de me préserver je pense et j'ai choisi mes priorités: fuir l'hiver trop rigoureux du "nord" parisien, celui qui assombri le tableau et fait voir tout en noir, ouvrir mes fenêtres sur un jardin ensoleillé et vert toute l'année, et aussi longer la plage après les cours...pour rentrer...humm c'est simplement un choix, il faut le faire et ne pas regretter, que ce soit de rester ou de partir ailleurs.

Posté par pumba, 14 novembre 2006 à 12:18

Je comprends ta rage, moi aussi ça me fait flipper de voir l'environnement dans lequel vont grandir nos gosses.
J'ai l'impression d'être plus en sécurité en centre ville parce que je ressens moins la pression sociale et l'agressivité (contrairement à ce que pensent les gens qui vivent en province).
C'est sûrement une erreur de le penser mais la seule fois où je me suis faite traitée de "gouine" devant chez moi, c'était justement quand je vivais à ... Montreuil.

Posté par Indilou, 15 novembre 2006 à 09:46

Moi je vis à Montreuil et j'y suis super heureuse,je suis impliquée dans le tissu social et je ne me suis pas encore faite traiter de gouine. De la nuance avant de stigmatiser d'avantage nos banlieues.

Posté par vive le 93, 15 novembre 2006 à 22:38

Malheureusement, les faits sont là. Il y avait encore un reportage sur le 93 cette nuit. C'est le seul département français dans le quel les violences en tous genres n'ont pas baissé et même au contraire.
En même temps, notre famillle homoparentale n'a jamais subi quoi que se soit. Bien au contraire. En esperant que ça dure !

Posté par Kip, 16 novembre 2006 à 09:49

Vive le 93> Je suis d'accord et quand je vivais à Montreuil, je souffrais beaucoup de l'image dégradée (et accentuée par les médias) de mon 9-3.
En fait, il faut faire une distinction entre vivre en cité de banlieue et vivre en quartier résidentiel, car les deux n'ont rien à voir.
Quand je me suis faite traitée de "gouihne" à Montreuil, ça ne venait pas de mes voisins, des gens charmants, mais des gamins de la cité d'en face qui nous ont rapidement eu dans le colimateur. C'est devenu un enfer car on ne pouvait plus passer devant ces immeubles sans se faire insulter donc on a fini par faire un détour pour rentrer chez nous, ce qui était plus long et navrant pour notre moral.

Donc je ne veux pas stigmatiser la banlieue mais l'homophobie est forcément plus présente dans des quartiers défavorisés, qui eux-mêmes sont plus fréquents en banlieue qu'en centre ville. C'est inévitable malheureusement ...

Posté par Indilou, 16 novembre 2006 à 10:27

Et bien moi, la seule et unique fois ou je me suis fait traiter de gouine, c'était à Trouville (dans le Calvados) et pour un pauvre emplacement de voiture !

Posté par Kip, 16 novembre 2006 à 10:43

Courage fuyons, et c'est ainsi que dès mon plus jeune âge, j'ai compris que mon bien être se situe loin des banlieues parisiennes ou même banlieues tout court.
Je suis heureuse aujourd'hui de voir Pollen et Loulette grandir, non pas dans la paix et le calme mais tout du moins dans un calme relatif et un paysage magnifique à portée de voiture.
Nos conditions de vie nous permettent ou non d'accéder à autre chose qu'à la médiocrité ambiante.
Voilà, pour moi, pour nous le choix est fait depuis longtemps!
Pensée amicale

Posté par Mexico, 17 novembre 2006 à 17:56

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