(Pour J.M. qui me le réclame à corps et à cri)

L’autre jour, lassée des sous entendus foireux et des non dits, je décide, à la cantine du lycée de faire mon coming out pour quelques nouveaux collègues que je commence à apprécier. C’est vrai quoi, y’en a marre de toujours dire « on », « la personne avec qui je partage ma vie » (et mon lit aussi, mais ça personne ne le dit jamais. Bizarre… !)

La conversation avait pour sujet les tracasseries administratives qui sont nombreuses quand on est homo, pacsée et maman. Le moment était propice, la transition facile et mon humeur conquérante. Je me lance.

Elle : « Avec mon mec, on a eu un mal fou à faire accepter notre prêt bancaire. Motif : nous ne sommes que concubins et pas mariés. »

Moi : «  Bon, tu vois le mal que ça vous a donné et bien tu imagines la même chose pour moi sauf qu’en plus de la jambe de bois, je suis pacsée avec une fille ! »

Là, tout le monde aquiesse gentiment. L’information semble être passée correctement et la conversation continue sans l’ombre d’une gène. Même pas une petite toux nerveuse ou un petit regard en coin pour savoir à quoi je ressemble VRAIMENT !

Quelques jours plus tard, les mêmes collègues à table :

Elle : « T’as fait quoi ce week end ? »

Moi : « On est allés à la piscine avec Elton, c’était la première fois que j’y allais avec lui, c’était vraiment chouette »

Elle : « Mais tu y vas avec qui exactement à la piscine ? »

Moi, intérieurement : « OK, je suis tombée sur une neuneu. Elle n’a rien compris, faut que je recommence tout. Super ! » Sauf qu’aujourd’hui il y a des gens à table à qui je n’ai pas envie de raconter ma vie. Alors je laisse filer.  « Merde à l’esprit conquérant, merde à la visibilité, merde au militantisme. Merde quoi ! pfffffffffff !» Merde. Ca, ça fait vraiment partie des choses désagréables dans la vie d’un homo : le coming out foiré, c’est quand même pas top.

Enfin bref. La conversation tourne un peu court, évidemment.

La semaine suivante, je déjeune de nouveau avec mes collègues.

Elle : « En cours, je suis toujours obligée de faire répéter les élèves. Il ne s’en doutent pas mais je suis sourde d’une oreille. »

Moi, qui comprends soudain comment était né l’affreux sous entendu, je ris intérieurement !

C’est bien ma veine ça… coming out pour une dure de la feuille. Fallait que ça tombe sur moi !