Blog-note à 20 doigts

Chroniques d'une famille homoparentale

04 mars 2009

D'une humeur à l'autre

6h30 : Réveil. Des petits cous à embrasser, des petits culs à changer, des petites mains à serrer.
7h45 : Petit déjeuner. Petites conversations croisées. Petits encouragements pour la journée.
9h00 : Photocopieuse en panne. Course dans les escaliers. Petits problèmes à règler.
13h00 : Odeur de friture gerbante dans tout le lycée. Le chef n'a pas assuré.
14h30 : Collègue à flinguer ou juste à ignorer ?
15h00 : Petit mot de ma douce sur mon téléphone. Petite pause bien méritée.
15h30 : Initiation au théâtre de Shakespeare. Petites lueurs allumées dans quelques paires d'yeux intéressées. Petite victoire pédagogique.
16h00 : Shakespeare a lassé. Petits échanges bien formulés. Quelques insultes ont fusé. Le conseil de discipline devra trancher.
18h00 : Petits bras enroulés autour de mon cou. 3 petits corps mouillés dans un bain à remous.
20h00 : Une scène parisienne mythique. 6 cordes sur une guitare. Une fille à croquer.
Et ce matin, c'est carnaval, je change de peau, je me déguise en infirmière et j'emmène un pirate, une princesse et une indienne vivre quelques moments d'imaginaire loin de ces petites choses du quotidien... enfin... jusqu'à demain.

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13 février 2009

6 milliards d'autres

6milliardsUne jeune fille afghane qui vient de faire sa deuxième tentative de suicide sur les conseils de sa belle mère qui lui conseille de s'immoler.
Un père de famille ingénieur atomique contraint de laisser sa famille bouclée sur la zone de Tchernobyl les jours qui ont suivi l'explosion.
Les larmes dans les yeux d'un père qui parle de la naissance de son fils.
Les larmes dans les yeux de cette femme africaine qui évoque le bonheur de parfois trouver l'eau nécessaire à sa survie.
Et puis aussi cette femme musulmane qui dit avoir pleuré de tristesse devant la naissance de chacune de ses filles.
Et moi au milieu de tout ça. Moi qui ai ressenti les mêmes émotions que ce père à la naissance de mes enfants. Moi qui, à des milliers de kilomètres, regarde désormais l'eau couler au robinet en pensant à elle. Moi plongée au milieu de tous ces gens. Loin mais si également humaine qu'eux.

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05 février 2009

All apologies

Je consulte les statistiques et je constate que vous êtes encore près d'une centaine à venir compulser chaque jour les pages désormais vides de ce blog. Honte sur moi. Honte sur nous de vous laisser ainsi sans nouvelles, sans retour sur vos commentaires.
Alors pour me rattraper un peu, je vous livre en vrac les dernières nouvelles du front :
- les enfants grandissent, leurs bêtises avec. Les jours sont une succession de cavalcades, visite chez le doc, allers et retours de la crèche et de l'école, course contre la montre pour être à l'heure partout et assurer difficilement les exigences d'un quotidien qui ne laisse guère de temps au superflu.
- Elton nous a gratifiées de son 1er spectacle samedi dernier. Une chorale sur le thème d'une quête commune à tous : la quête de l'amour, de l'autre. La chorale a duré 1h30, j'ai pleuré pendant 1h30 ! Ouais, je sais, pas glorieux, mais on ne se refait pas. Mon petit mec et ses paroles universelles m'ont foutu le coeur en vrac. Va vraiment falloir que je me forge une carapace bien dure, bien épaisse.
- ma hiérarchie me pressurise à souhait pour que j'assure le service d'une collègue catapultée là par une rectorat aux abois... heureux héritage des politiques d'éducation actuelles. On baisse les effectifs et on se retrouve à payer des profs comme moi en heures supplémentaires majorées pour assurer le service d'autres profs pas ou peu qualifiés qu'on est allé chercher au fin fond d'une fac (ou d'un orphelinat en Roumanie pour autant que j'en sache) pour faire le travail. J'ai beau essayer de comprendre, je ne vois pas où est l'économie dans tout ça puisqu'au final on me paie moi en plus d'une autre... Bref, de toute façon les sciences économiques sont appelées à disparaître du système scolaire, comme ça plus personne ne cherchera à comprendre...
- ma Kip s'est occupée de personnes âgées (très âgées) pendant un mois de stage. Maintenant quand elle me regarde, j'ai toujours l'impression d'avoir mis mon dentier de travers.
- les vacances se profilent à l'horizon. Pas de neige en perspective, juste des moments qu'on tentera de vivre dans le calme.
- j'ai fait du tri dans les armoires. J'ai donné tous nos petits vêtements de bébé. Une page se tourne définitivement. Maintenant, j'attends fébrilement la "mid life crisis" de Kip qui me l'annonce à grands renforts de précautions et de "je t'aurais bien prévenue". Ok. Message entendu. Mais ça veut dire quoi au juste ? Je fais quoi moi ? Le dos rond en attendant que passe la tempête ? Je me fais siliconner pour devenir la poule qu'elle pourrait être tentée d'aller trouver ? (quoi que, le siliconne, je ne sais pas où ils pourraient bien me le mettre !). Bref, ma résolution à moi en ce début d'année, c'est de devenir philosophe et d'affronter l'avenir la bouche en coeur et les jambes en position du lotus (ouch !)

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30 octobre 2008

Et si un jour Elton…

(Petit retour en arrière sur nos interrogations de mamans - post de 2005)

… était homo ?

Evidemment on s’est posé la question.

Evidemment on s’est dit bêtement « du moment qu’il est heureux… »

Mais aussi on a réfléchi.

Et s’il était homo, en souffririons nous ?

Oui.

Tout simplement parce que pour un garçon, l’accès à la paternité s’en trouve immédiatement plus compliqué.  Et puis parce que, il faut se l’avouer, le lesbianisme est mieux toléré que l’homosexualité masculine.

Et s’il était homo, l’accepterions nous ?

Oui.

Faut dire qu’on serait très mal placées pour le contraire !

(à ce sujet, mes parents qui se sont mariés 50 jours seulement après s’être rencontrés nous avaient toujours dit qu’ils ne seraient pas en mesure de s’opposer si nous faisions la même chose. Ils ont respecté leurs engagements. Je suis homo, et ils n’ont jamais rien trouvé à y redire.)

Et s’il se découvrait homo, se confierait-il à nous ?

Je crois que la grande question se situe là.

Notre famille particulière serait-elle un lieu de tolérance où toutes les envies, toutes les initiatives seraient permises ou au contraire aurait-il peur d’être celui qui nous ferait tous sombrer dans la caricature qui voudrait que « les parents homos influencent gravement l’orientation sexuelle de leurs enfants » ?

Et si Elton était homo, aurait-il un parcours de souffrances et de peines ou un chemin en douceur vers la maturité, à l’image de ses deux mamans ?

Parce que finalement, tout comme il y a mille façon d’être hétéro (modèle beauf, raffiné, fidèle, volage, famille nombreuse…), il y a mille façon d’être homo (homo assumé, refoulé, fêtard, en souffrance, pantouflard avec caniche, folle, paternel…)

Et si Elton était homo ? On se sentirait  responsables, inévitablement. Parce que pour un homo-parent, toutes les raisons sont bonnes pour se remettre en question.

Mais là encore, mes parents, modèle hétéro de base, biens sous tous rapport, se sont trouvés infiniment responsables de mon homosexualité…

Mais, et si Elton était heureux, homo ou hétéro, tout simplement ? Est-ce qu’on s’en sentirait coupables ? Faudrait-t-il que l’on s’excuse d’avoir réussi à avoir des enfants heureux malgré toutes les infamies supposées que nous leur aurions fait enduré ? Non.

Le grand challenge des homos parents, c’est de faire grandir des enfants « comme les autres ».

Cette pression là, on se la met seul, comme pour prouver que oui, on est différents, mais néanmoins compétents.

Et lorsque l’on aura fini de se flageller de la sorte, eh bien, on fera comme tout le monde : on aura des enfants qui regardent trop la télé, qui se moquent des mémés qui ont du poil au menton, qui boivent des bières devant un match de foot, qui virent homos ou hétéros (au choix) et on en tirera les mêmes conclusions que tous les autres parents de la terre, ni plus, ni moins.

P.S. pour Elton : quand même Elton, si tu pouvais devenir un éminent médecin violoniste qui donne de son temps en musico thérapie pour les victimes des séismes d’ici et d’ailleurs, tu ferais vachement plaisir à tes mamans ! Merci d’avance !

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22 octobre 2008

Welcome to Pirouetteland !

La vie de mère active le mercredi n'est pas de tout repos (je sais, je me répète... mon grand âge sans doute... et ma bosse sur le front aussi...!), je m'explique en image :

IMGP2087


Une très jolie pirouette sur le carrelage de la salle de bain, un rebord de baignoire qui offre (très durement, ouille !) l'hospitalité à mon front et voilà comment j'arbore depuis une semaine un très bel oeil au beurre noir qui hésite entre le bleu, le rouge et le jaune et six points de suture à l'arcade qui me donnent un air de femme battue si j'en crois les regards pleins de suspicion qui s'abattent sur moi dès que je franchis le pas de ma porte.
Voilà, ça m'apprendra à vouloir que mes enfants soient propres ! Maintenant, quand je viens les embrasser le matin, je leur fais peur et Elton me supplie de ne plus le laver "sinon, tu vas encore te casser la tête Maman". Mais ma foi, lui si amateur de pirates est assez fier de m'exhiber à la sortie de l'école : depuis une semaine, je suis devenue une héroïne pirate réchappée d'un éclatage de front sur la baignoire, la grande classe quoi !

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28 septembre 2008

SOS mères lesbiennes, je vous écoute...

La pression, la pression...
Un lien vers ce blog va être publié dans le prochain numéro du magazine "Tûtu" en marge d'un article sur la maternité lesbienne. Mais voilà, il faut savoir l'admettre, depuis que nous sommes devenues des mères de famille (presque nombreuse), il faut avouer que le temps, l'inspiration et le manque de recul ont mis un frein à nos divagations bloguesques. Tant et si bien que, voyant mes collègues et autres copines gays vivre leur vie entre Marais, salles de cinoche et concerts branchouilles j'en viens parfois à me demander ce qui nous a poussées, Kip et moi, à franchir le pas de la maternité. Eh bien oui, n'en déplaise à ceux qui cherchent ici l'image rassurante d'une famille arc en ciel, à mon corps défendant, je dois dire que parfois, oui, j'aimerais retrouver ce temps où nous pouvions passer le week end sous la couette sans être obligées de nous lever 5 fois par nuit pour gérer les conséquences odorantes et dégoulinantes de trois gastros. Je suis nostalgique du temps où l'on se bécotait sur le quai d'une gare en attendant le métro qui nous amènerait vers je ne sais quelle rencontre, je ne sais quel événement. Je repense à un temps où nous pouvions, sur un coup de tête, décider de nous envoler vers je ne sais quel ailleurs sans avoir besoin de trouver deux baby sitters chèrement payées et une mamie consentant à passer quelques nuits agitées en compagnie de bébé. Bref, je maudis l'horloge biologique, le désir de transcender les frontières du couple, la procréation médicalement assistée et toutes ces belles choses qui se sont  empêtrées dans nos quelques neurones pour nous plonger dans une vie de dingues entre boulot, crèche, réunions à l'école, biberons, bains, re-biberons, couches et autres caprices.
Ah mais... je vous laisse une minute, une petite voix m'appelle à l'étage...
Un petit corps dans le fond de son lit, une petite main posée sur ma nuque : "Maman, tu sais, ben, j'ai oublié de te dire : je t'aime !"
Euh... j'en étais où déjà...?!

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02 septembre 2008

Vieillir ensemble

GP_CREME_ANTI_RIDES_AQuelle plus belle idée dans un couple qui s'aime que celle qui consiste à imaginer vieillir ensemble ?
Comme tous les gens d'une grande banalité, c'est ce que nous avons, nous aussi, envisagé. Mais voilà, Kip est d'une nature plutôt juvénile et le temps ne semble pas avoir de prise sur elle. A bientôt 34 ans et 3 enfants, elle garde toujours ses atours d'adolescente (l'acné et la tektonik en moins, ouf !) et il n'est pas rare que les bellâtres boutonneux de sa promotion lui fassent des propositions horizontales.
Tandis que de mon côté, je dois me battre contre les kilos superflus, la peau qui s'affaisse, les cheveux blancs et autres réjouissances liées à la quarantaine approchante, elle s'en va fringante le matin, dans son petit jeans bien taillé, choco BN dans la cartable, pour partager la vie de ses comparses adolescents parmi lesquels elle se fond si bien.
Voilà alors que j'en viens à haïr la pauvre pomme qui l'autre jour m'a prise pour sa mère... SA MERE ! Non mais quand même !
Alors voilà : vieillir ensemble, ok, mais au même rythme si possible, merci !

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11 août 2008

L'album

Samedi j'ai vu mes grands parents. Deux petits fantômes vieillissant qui avaient peine à suivre la vie autour d'eux.
Hier je leur ai donc rendu visite - ils habitent à deux pas de chez nous - pour me rassurer sur leur état général. Octogénaires prolétaires et parents de 5 enfants, autant de lignes de vie qui usent les corps.

album_introMa grand mère m'a sorti un album photos dans lequel elle a consigné une histoire de famille dont le personnage central est ma mère (leur fille ). Et là : la claque. Je me revois dans leur jardin à la campagne en train de glaner les oeufs de Pâques, j'ai cinq ans, je m'en rappelle très clairement, c'était il y a 30 ans. Sur les photos, mes parents sont plus jeunes que je ne le suis aujourd'hui.
Autre photo, autre retour en arrière : un après midi champêtre, un champ, des fleurs, un mouton qui tourne sur une broche, ma soeur si petite et qui porte une ressemblance assez troublante avec Louise, notre fille (mystère des gènes...). Et puis mes grands parents, alors à peine quincagénaires entourés de tous ces disparus : mon oncle dont la vie a basculé dans un virage trop serré alors qu'il avait à peine plus de l'âge que j'ai aujourd'hui. Mon arrière grand mère, à laquelle je repense avec émotion et qui est partie il y a déjà presque 20 ans. Sur chaque photo, un disparu et le temps qui se rappelle si durement à nous.
Ironie du sort, ce matin au réveil ma mère m'appelle : "Pourrais-tu me donner le numéro de ton médecin de garde ? Ton grand père respire très mal, il ne peut plus marcher ce matin."
Et je repense à cette photo de lui dans l'album : un bel hidlago dans la fleur de l'âge, le muscle saillant et le regard coquin que je regarde passer pleine d'admiration tandis qu'il bâtissait la maison de campagne dans laquelle j'ai passé les plus beaux étés de mon enfance, entourée de tous ces disparus qui ne sont plus que des ombres dans un coin de polaroïd...

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16 juin 2008

Pied de nez !

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25 mars 2008

Il était une fois… Elton (épisode 4 - Happy Birthday Elton !)

Quinze jours ont passé.

Je m’asseois sur un brin d’herbe, sous un chêne centenaire qui pourra supporter le poids de tout mon désespoir si jamais… si jamais ça n’avait pas marché, si jamais il fallait tout recommencer, si jamais mon ventre n’avait pas été très hospitalier.

Je suis là, seule, à deux pas du laboratoire d’analyses médicales, et je n’ose pas me lancer à l’assaut de ce rendez vous que j’attends depuis 15 jours, depuis des mois, depuis toujours.

Et là j’ouvre la précieuse enveloppe. Maman ou pas maman ? Nausées ou pas nausées ?

La réponse tombe : « 1234 »

Gloups ! 1234 quoi ?

Le brin d’herbe qui abritait mon joli postérieur semble crouler sous mon poids. Je ne sais plus où je suis, le chêne centenaire qui doit bien avoir 1234 ans me semble tout d’un coup bien incompétent.

Je cours au laboratoire :

« 1234 ? Biologiste, please, de toute urgence. »

« Bonjour madame, faîtes moi donc voir vos résultats… 1234… oulala, bien enceinte ! C’est votre mari qui va être content ! »

C’est marrant quand même cette manie de penser que derrière chaque femme enceinte se cache un mari… Pourquoi pas un amant ? Pourquoi pas un professeur de fitness au charme dévastateur ? Pourquoi pas une jolie blonde aussi ? Hein ? Pourquoi pas ? Bref.

Enceinte. Je suis enceinte. C’est drôle mais ça fait tout bizarre de prononcer ces mots là la première fois. Accoler un « je » avec le mot « enceinte », pour une lesbienne, c’est vraiment quelque chose qu’il faut apprendre à faire résonner.

Alors je teste la formule. Je retourne sur mon brin d’herbe, je passe mes mains sur l’écorce du chêne de 1234 ans que j’aime tout d’un coup d’un amour fou et qui verra sans doute passer les premiers pas de nos enfants, dans quelques printemps, et je téléphone à ma Kip.

« Tu es prête à devenir la plus jolie des mamans ? »

« Euh… c'est-à-dire que… oulala… mais… tu veux dire euh… déjà ? Oulala… pfffffffffffffffff, c’est que… j’suis pas prête moi… »

1234 questions plus tard… Elton pointait son joli nez tout rond.

Posté par molly_et_kip à 05:44 - Humeur du jour - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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