Blog-note à 20 doigts

Chroniques d'une famille homoparentale

04 avril 2008

Grandeur et déca-danse

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A quoi se résume une journée en sortie scolaire sur les traces des poilus de la grande guerre ?
Je vous le demande...
A un grand couillon à crète et en survêt' avec le slip fluo qui en dépasse qui danse la tecktonik au beau milieu d'un cimetière où reposent 17000 soldats tombés au combat...

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11 mars 2008

Silly-conne Valley

P300H_MCAujourd'hui en cours alors qu'on travaillait sur l'identité américaine et tous les à priori que l'on nourrit au sujet des Etats Unis.
"Citez moi ce qui vous vient à l'esprit quand on parle des Etats Unis.", que je dis, sûre de mon coup.
"Ben, la chirurgie esthétique", me répond la jeune ingénue du fond de la classe.
"Ah oui ? Mais... je ne suis pas sûre de bien comprendre...", dis-je, d'un air faussement interrogé (mais je crains d'avoir déjà compris le pire)
"Ben quoi madame, vous connaissez pas la Silly-conne Valley ?"
Et là, non, je n'ai pas pleuré de désespoir, mais j'ai savouré l'instant, son petit air désolé et j'ai ri à gorge déployée (je sais, ça n'est pas très pédagogique mais bon...) Du coup maintenant, quand je pense à la Silly-Conne Valley, j'ai des images en tête à faire frémir les magazines les plus coquins...

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19 décembre 2007

English for Dummies

imagesHier, fin d'année oblige, j'ai mis mes élèves au travail plutôt que de m'égosiller à essayer de leur faire entendre autre chose que la douce sirène des vacances qui approchent. Dictionnaire, carte des Etats Unis et documents de cours en main, j'ai quand même trouvé une élève pour me pondre LA perle de l'année.
"My name is Carter, I live in Consasse, but here the durty of life is too grave."
...
"Dis moi l'amour, pour Noël, tu voudrais pas m'offrir un peu de valium ?"

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09 octobre 2007

Le kleenex ou la corde ?

Ce soir alors que je revenais en salle des profs après une journée bien remplie, j'ai dû tendre une oreille attentive et une épaule secourable à ma collègue de lettres qui sortait d'un cours avec nos élèves de seconde.
Voici la cause de son désespoir :
"Sortez tous votre texte - La Chevelure de Charles Baudelaire"

O toison, moutonnant jusque sur l'encolure!
O boucles! O parfum chargé de nonchaloir!
Extase! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir!

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève!
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts:

Un port retentissant où mon âme peut boire
A grands flots le parfum, le son et la couleur
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé!

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde!
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir?

Elle est suffoquée par la beauté du texte.
Lui, l'élève lambda, lève le doigt au fond de la salle :

- heu Madame, ça existait déjà l'Oasis du temps de Baudelaire ?

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23 avril 2007

Jour de rentrée

8h00 dans la Rainbow Family :
"Euh, dis donc amour, t'aurais pas vu mon cartable par le plus grand des hasards ?"

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08 février 2007

L'homophobie se porte bien, merci !

Nouvelle note dans la rubrique "ça déprime une vie de prof".
Aujourd'hui, alors que je soumettais à certains de mes élèves mon grand questionnaire sur les préjugés racistes/sexistes et/ou homophobes, quelques réactions, à chaud :
"Moi j'te jure, si j'avais un gamin homo, j'avorte." ... en déduire donc que l'orientation sexuelle se dédecte dès la première échographie...
Moi, naïve "Mais pourquoi ? Comment expliquez vous cette homophobie ?"
"Ben on les voit pas, c'est tout. C'est la minorité des minorités."

Moi, faussement naïve "Donc, si on vous livrait demain matin un wagon d'homos dans la cour du lycée, tout le monde se planque, c'est ça ?"
"Ben oui, c'est un peu ça."
"Et alors, pourquoi refuser le homos, pourquoi s'en éloigner comme ça"
"Ben on ne sait jamais, des fois que ce soit contagieux, qu'on le devienne quoi, vous voyez Madame ?"

Et en mon for intérieur : "Ben mes pauvres enfants, si c'était contagieux, il y a bien longtemps que vos parents auraient avorté !!!"

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02 février 2007

Le monde comme il va... mal

En ce moment au lycée, je participe au "european poll". Un grand mot pour dire que je fais une enquète sur les bruits de couloir et les avis de mes élèves, conjointement avec un lycée espagnol et un lycée portugais, pour m'informer de l'état des préjugés homophobes, sexistes et / ou racistes... et peut-être même que si je tends bien l'oreille je devrais être capable d'entendre un savoureux mélange des trois à la fois !

Alors pour faire court :
- ce matin en salle des profs alors que nous devisions entre collègues des difficultés d'entente avec la belle famille. A la question "Et toi ton mari s'interpose en cas de dérapage de ses parents ?", je réponds, à la dérobade, "ben moi je vis avec une femme et autant dire que les ingérences des uns et des autres dans notre vie privée peuvent parfois être difficiles et il est très important pour nous de bien vite remettre chacun à sa place." La conversation suit son cours, normalement jusqu'à ce qu'elle revienne à la charge: " tu m'as dit QUOI ???? tu vis avec QUI ???"... ça, ça va faire bien dans mon enquète !

- cet après midi, alors que je fais entrer dans ma salle une horde de 36 bourrus connus pour leur sens aigu du civisme. Un jeune garçon "Hey toi, sal***, ça fait trop longtemps que tu me chauffes. Viens là que je t'enc***", et la jeune fille de répondre "Ta race de ta mère la grosse p*** ! Viens, viens, je baisse mon pantalon et tu m'enc****"... ahhhh, voilà qui va faire très bien dans mon enquète.

- même classe, quelques minutes plus tard "Simon, pouvez-vous aller me faire faire quelques photocopies en salle de profs ? Six au total, je vous donne mon code, merci Simon." J'avais rompu tout dialogue avec la classe suite au petit intermède de langage fleuri du début d'heure et il me fallait donc de quoi les mettre au travail d'urgence et dans le silence, j'avais appris assez de gros mots pour la journée. Simon s'en va donc... il tarde à revenir pendant que j'entretiens un silence pesant sur mes élèves. On frappe à la porte : c'est l'intendant, en sueur, et mon Simon gesticulant : "Wow, vas y laches moi batard !"... "Euh, je peux vous voir une minute ? C'est votre élève ? J'étais occupé à faire des photocopies, je lui ai demandé de patienter, il m'a traité de pédé."... Super ! Ex-cel-lent pour mon enquète !

EPILOGUE :
Ce soir, alors que je quittais le lycée, je croise un de mes élèves que j'avais exclu de cours.
- "Wesh, mâdâme, vous allez m'faire un rapport ?"
- "Euh, vous plaisantez j'espère ? Bien sûr que je vous fais un rapport, vous allez prendre l'air pendant trois jours."
- " Non mais z"y vas... c'est trop abusé.. elle m'a trop chauffé."
- "Chauffé ou pas, on ne parle pas comme ça et encore moins dans un lycée. Vous imaginez ces mots là dans ma bouche, vous en penseriez quoi ?"
- "Nan mais c'est pas possible Mâdâme, vous z'avez pas l'droit de nous parler comme ça."

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12 novembre 2006

Effroyable banlieue

Y’a des jours comme ça où l’on finit par perdre espoir en l’humanité toute entière…

Hier en salle des profs, une de mes collègues m’expliquait que dans la cité où elle habite avec ses enfants (dans le renommé bobo Montreuil pour ne pas le nommer), l’école maternelle se situe juste au pied des barres d’immeubles. Et depuis quelque temps, elle et les autres parents d’élèves sont partis en guerre contre les ignobles habitants de l’immeuble qui, à chaque fois qu’ils ont trop bu, balancent par les fenêtre en direction des enfants qui jouent dans la cour d’école, des sacs remplis de leurs déjections en tous genres parce qu’ils ne sont plus en mesure de ramper jusqu’au vide ordure pour y déposer leurs immondices.

J’en ai des hauts le cœur rien que de penser à cette innocence souillée. Je retourne en cours le cœur gros et je note qu’il faut absolument que je discute avec Kip de l’endroit où il faudrait dans l’idéal faire grandir nos enfants.

La journée s’écoule. Quelques heures de cours se passent à merveille, des élèves souriants, des complicités qui se créent avec moi, des messages bien entendus.

Jusqu’à ma dernière heure de cours. Classe difficile. Très difficile. 35 élèves plus ou moins en échec que je récupère après la prof d’allemand depressive et avant la prof de commerce démissionnaire.

Je filtre l’entrée, j’oblige à dire bonjour, je ferme la porte et quand je me retourne, je vois la moitié de la classe lancée dans une bagarre d’une violence inouie. Les coups partent de tous les côtés et ce n’est que grâce à l’aide d’un grand et solide gaillard de la classe que je parviens à faire taire cette sauvagerie. Des élèves fuient le cours, d’autres veulent partir à l’assaut de ceux qu’ils estiment fautifs et moi, du haut de mon mètre soixante, je fais rempart à la porte et je retiens trois ou quatre élèves gonflés à bloc qui ne veulent qu’une chose : poursuivre la bagarre dans les couloirs.

Je réussis malgré tout à faire rentrer les élèves, je calme un peu le jeu, j’arrive même à faire cours ( !!) mais je ressors de là avec la perspective de toute une année scolaire à passer avec des élèves qui, au fil des semaines, vont découvrir encore le fossé qui les sépare de ce qu’il faudrait faire pour réussir et je dois constater que les choses ne risquent pas de s’arranger. Je repars aussi avec l’idée que c’est dans cette société là, où les coups remplacent souvent les mots, et où la sauvagerie fait souvent rire (si j’en crois la mine réjouie de certains élèves de la classe, ravis, tout simplement, de voir ainsi le cours se réduire à néant) que mes enfants vont devoir se faire une place. Et j’ai peur tout d'un coup d’avoir fait une énorme bêtise…

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19 octobre 2006

Tête à claques

Au lycée, je viens de passer deux jours à tenter de comprendre le fonctionnement de notre tout nouveau laboratoire de langues multimédia (installé pour la modique somme de 60 000 euros qu'il va bien falloir rentabiliser). Un joujou extra qui va nous permettre de numériser toutes sortes de supports audio, vidéo etc, de fabriquer des questionnaires avec des mises en pages enfin dignes du XXIème siècle, bref, un engin qui devrait dépoussiérer un peu notre bonne vieille manie d'utiliser encore et toujours des polycopiés tout gris et mal cadrés qui ne donnent absolument pas envie d'être lus (et qui, contrairement à ceux que l'on nous distribuait quand nous étions enfants n'ont même plus le charme fou de l'odeur d'alcool qui nous chatouillait les narines).
Voilà, deux jours passés à apprendre, comprendre, tester, échouer, réessayer, inventer des projets pédagogiques fous, les tester, les remanier pour finalement les perdre dans les méandres de notre serveur informatique.
Et voilà que ce soir déboule THE BOSS suivi de près par son intendant carriériste, la bouche en coeur, qui vient vérifier que ses troupes sont bel et bien au travail. Flicage ? Petite visite de courtoisie ? Non, non, c'est juste que l'intendant est venu dégainer son téléphone portable/appareil photo numérique pour nous prendre en photo "pour une fois en plein travail" comme il dit. Lui dont le seul rapport avec les élèves se résume à la vue qu'il en a depuis son bureau du 4ème étage.
Dommage que la souris de l'ordinateur ait remplacé le BLED et le Bescherelle parce qu'il se serait pris un bon kilo de culture sur le coin du nez celui ci.

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15 septembre 2006

Mes illusions perdues (pour un temps !)

Ben voilà, à peine deux semaines après la rentrée, j'ai déjà enterré mes illusions, revêtu le voile noir du deuil de certains rêves de réussite et perdu pour quelque temps le mordant des tout premiers jours.
Parce que chaque jour je fais face à des élèves du "neuf cube" persuadés que nous ne sommes pas du même monde et que donc, moi l'embourgeoisée pleine aux as, je ne comprends rien à leurs barres de misère en béton armé.
Moi la fille élevée entre barre HLM de Sarcelles et station service d'Aubervilliers.
Parce que chaque jour je dois me livrer à des hordes silencieuses qui refusent tout jusqu'au plus simple des dialogues parce que forcément, ils imaginent que je suis née avec une cuillère en argent dans la bouche.
Moi la fille du pompiste et de la caissière de nuit. Moi et mes ancêtres immigrants italiens, à peine lettrés, intégrés de justesse à l'usine et entassés dans des caves avant de connaître ce que, pendant un temps, l'on a voulu voir comme "le luxe" des barres HLM.
Parce qu'ils sont convaincus que, puisque nous n'avons rien à échanger, et que l'institution que je représente n'a rien à leur apporter, je ne suis pas digne de politesse, il faut que chaque jour je leur démontre que le sourire n'a jamais fait de morts et que la simple politesse du quotidien ne gâche absolument rien de leur "virilité" ni de leur "produit de banlieue" attitude. 
Et parce qu'aussi, pour certains, travaillés par les hormones et entravés par la pensée, il faut l'avouer, une femme n'a rien à faire à ma place et qu'ils me le font sentir, je me bats.
Moi qui nourris de belles ambitions pour eux. Moi qui suis le pur fruit de ce que la banlieue et l'école peuvent engendrer. Moi qui, à un moment, avais été classée dans les "no can do - BEP - réorientation" pour finalement me hisser dans les rangs des 5 premiers aux concours Education Nationale. Moi qui aimerais tant faire sauter tous ces carcans, toutes ces carapaces qui les réduisent à ce que les médias veulent en faire. Je suis à la fois triste et fière de leur apprendre à sourire, à dire bonjour, à s'excuser, à oser descendre de leur destrier de béton pour voir qu'ailleurs l'herbe est plus verte, qu'avoir plus de trois mots dans son vocabulaire n'est pas une bouffonnerie, qu'il y a une vie après la fin des émissions de M6 et qu'on n'est pas automatiquement condamné par les barres HLM et les fins de mois difficiles.

Posté par molly_et_kip à 11:33 - Une vie de prof - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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