12 ans…

12 ans que je partage le quotidien de ma compagne.

12 ans que je l’accompagne, que nous nous soutenons, pour le meilleur et pour le pire.

Parce que oui, contrairement au cliché qui voudrait que le « couple homosexuel » soit volage, les couples autour de nous sont souvent des couples qui durent et qui se soutiennent, pour le meilleur, sans fuir dès qu’ils voient poindre le pire !

Le meilleur : nos trois enfants, les étincelles que ça a mis dans nos yeux, le plaisir de les voir évoluer, comme les autres, grandir et se constituer en tant que personne et voir que, malgré nos supposées différences, ils y parviennent très bien.

Le pire : les décès et l’inégalité du partage, les menaces que font peser sur moi des beaux-parents névrotiques aux prise avec leur mal-être et qui, au moindre différend, brandissent les mots « tribunal », « retrait de la garde des enfants » en n’oubliant jamais de me couvrir d’insultes. Sans parler du tout nouveau directeur de l’école des enfants qui avoue aisément à ses collègues alors même qu’il ne nous connaît pas que « cette histoire de famille homoparentale lui a gâché son bel été. »

Bref.
Je suis professeur dans un lycée, j’ai la responsabilité de centaines d’ados depuis 15 ans. La charge de leur montrer un exemple, de les éduquer et de les instruire. J’en vois passer de toutes les couleurs : familles composées, décomposées, recomposées, en conflit, maltraitantes, négligentes, qui vont bien. Mais ces familles ont droit à toutes les erreurs de parcours, elles sont hétérosexuelles.

Ma compagne est infirmière en réanimation néonatale et chaque jour, elle cultive le fil ténu qui relie certains grands prématurés à la vie. Des enfants nés en syndrome d’alcoolisation fœtale, une petite fille née dans une rame de métro, une autre morte sous les coups de sa mère… Mais là encore, la société sera là pour leur tendre une main secourable, ils sont hétérosexuels.

Les enfants des autres, nous avons tout loisir de nous en occuper, nous en préoccuper, nous en sommes responsables. Mais voilà que quand il s’agit des nôtres, la menace est toujours là, plus ou moins marquée, plus ou moins verbalisée, mais elle est là, tapie, n’attendant qu’une défaillance… Et après 12 ans de vie commune et toutes les épreuves liées à cette tranche de vie, cette menace devient insupportable.

Alors je me pose la question : qu’avons nous fait de si mal, au regard des situations que je viens de citer, pour être exclus du concept de « parent responsable » ?

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Il est temps que nous mettions les mots justes sur les revendications des couples homosexuels. Tout d’abord, je suis gênée par ce terme « couple homosexuel », on devrait dire « couple », tout court, parce qu’on ne dit pas « couple mixte », « couple sero-différent », « couple religieux mixte », « couple valide/handicapé », « couple homosexuel » sans que l’expression ne soit teintée de différenciation par rapport à la « norme ».

D’autre part, j’en ai assez d’entendre parler des « droits des homosexuels ». Parce que ce que nous voulons, nous, ce ne sont pas des droits, ce sont des responsabilités.

Je veux être reconnue légalement responsable de mes filles. Je veux savoir que ma compagne pourra être là auprès de notre fils si par malheur la tradition du cancer familial devait s’en prendre à moi.  Et surtout, je veux qu’enfin, mes beaux-parents me voient comme autre chose qu’une pièce jetable, un exutoire, quelqu’un sur qui ils peuvent, en toute légitimité faire peser la menace la plus cruelle qui soit : celle de m’arracher mes enfants.