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A l'heure où tant pensent que, tels des indigents, nous "réclamons des droits" je me dis que j'ai de la chance moi, je n'ai jamais été victime d'homophobie. Peut-être que j'ai un tempérament résolument optimiste, peut-être que je cultive une part de naïveté qui me permet de ne pas voir ce qui me dérange, peut-être que je n'aime pas être dans le camp des victimes, peut-être que je vis dans un monde idyllique (en Seine Saint Denis !)... En tout cas, c'est sûr, je ne suis pas la cible d'homophobie !


 

Sauf que si je retire la poussière de fée à travers laquelle je me plais à regarder la vie, je vois :


- une institutrice de petite section qui voit débarquer notre blondinet joufflu à qui nous nous sentons redevable de quelques explications et qui nous regarde, partagée entre mépris et désespoir de voir arriver ce qu'elle considère comme un ènième cas social,

- mes beaux-parents qui ont fait le tour créatif de tous les noms d'oiseau se terminant par -asse pour parler de moi parce que j'ai l'outrecuidance
d’aimer leur fille,

- une certaine « Kri » qui sur les réseaux sociaux me dit que je ferais mieux de me marier avec un chameau (oui, oui, un chameau !),

- un hopital qui, 30 ans après la déclassification de l'homosexualité dans les maladies mentales, m'oblige à un entretien psychologique avant de me donner le sésame pour la maternité (tous les couples passent-ils des entretiens psychologiques avant de planter la graine ?)

- une administration qui a mis 3 ans et demi avant de me reconnaître le droit au supplément familial de traitement, considérant que mes filles n’étaient pas des enfants à charge (je rappelle qu’aucun lien de filiation n’entre dans la notion administrative d’enfants à charge),

- mon médecin de famille qui, apprenant mon désir d’enfant avec ma compagne me dit, goguenard : « M’enfin Molly, t’as pas un bon copain dans le coin qui pourrait te prendre dans un coin ? », la pure classe,

- un gynécologue obstétricien qui, en sortie de maternité et alors qu’il n’ignore rien de notre toute nouvelle famille me dit, sourire en coin : « Je vous prescris une contraception. »,

- et puis, et puis, mon dernier post qui a fait l’effet d’une traînée de poudre sur les réseaux sociaux et associatifs et que beaucoup ont montré comme une exemple craint d’homophobie. Avant cela, je n'en avais jamais eu conscience...

Voilà comment j’en viens ce soir à la conclusion qu'à mon corps défendant, je dois l’admettre : l’homophobie est passée par moi aussi.