Coup d’œil par la fenêtre.

Sur le trottoir d’en face, la maison de mes voisins. Une simple rue nous sépare et pourtant j’ai parfois l’impression qu’un océan de différences s’étend entre nous.

Famille musulmane, notre âge. Femme voilée, toujours en tenue traditionnelle. Ne travaille pas, trop prise par la gestion de deux de ses quatre adolescents, lourdement handicapés. Sa fille est là à la fenêtre opposée, qui me renvoie mon regard, la tête déformée et l’air désabusé.

Quand parfois elles sortent, c’est pour aller à pied, la jeune fille claudiquant péniblement pour revenir quelques heures plus tard, les bras chargés de nourriture.

Jamais - en près de trois ans de cohabitation – je ne les ai vues partir un dimanche en famille. Jamais je n’ai vu d’autres visiteurs que les amis de leur père et mari. Jamais je n’ai vu ces femmes vêtues autrement qu’en tenue d’intérieur – à quoi bon s’habiller quand on est emmurée ?

La vie passe et elles demeurent là.

Et souvent le matin, à l’occasion de nos baisers volés sur le trottoir, nos trois blondinets en bandoulière et pas l’ombre d’un homme en vue, je pense à ces deux femmes qui doivent nous regarder et je me dis que sous le mot « féminité » se cachent bien des réalités…